Le laïcat vu par le maître de l’Ordre

La Bible dans une main, un journal dans l'autre.

La règle des fraternités laïques dominicaines adoptée en 1985 à Montréal s’inspire largement de l’esprit du concile Vatican II qui traite à plusieurs reprises des laïcs dans l’Eglise. Lumen gentium (1964),  Gaudium et spes (1965) ou le Décret sur l’apostolat des laïcs (1965) l’énoncent : « Parmi les disciples du Christ, les hommes et les femmes qui vivent dans le monde participent par leur baptême et leur confirmation à la mission royale, sacerdotale et prophétique de Notre Seigneur Jésus-Christ ».

En 2010, le frère Bruno Cadoré, prieur de la Province de France, s’adresse aux laïcs dominicains pour les enjoindre d’être au monde afin d’ « évangéliser la Parole de Dieu », en se faisant « amis des hommes ». Un appel à aimer le monde, à « estimer l’intelligence humaine qui s’y déploie » dans une « conversation à la recherche humble de la vérité », aimer le monde dans ses richesses et ses fractures et y entendre les exigences de la justice sociale sans laquelle il ne peut y avoir de paix, aimer le monde en partageant la vie, les joies et les souffrances des gens.

Devenu Maître de l’Ordre, il adresse en 2013 à l’ensemble de la famille dominicaine un ensemble de réflexions à propos des laïcs, une véritable feuille de route dont voici quelques points :

Dominique avait observé de profonds changements dans la société féodale, dans les manières de vivre de l’Eglise et dans l’organisation des sociétés et des villes. Des groupes de laïcs invitaient l’Eglise à bouger, à oser s’aventurer hors des structures trop établies et trop rigides. Dans un choix distinct de la vie religieuse, ces « pauvres » associaient une présence humble dans le monde, une parole vivante prêchée comme une bonne nouvelle et une certaine radicalité de leur mode de vie.

Les laïcs dominicains, « envoyés pour prêcher l’Evangile » sur le mode de la fraternité, permettent à l’Ordre de remplir plus pleinement sa mission. La richesse de la prédication des laïcs s’enracine en effet dans leur expérience de la vie familiale et professionnelle, de la parentalité et de l’immersion dans des milieux qui ne partagent pas la même foi et, souvent, n’en ont pas le désir. La complémentarité de la prédication des laïcs, des frères ou des sœurs engagés dans la famille dominicaine sous la forme de la vie consacrée est une conséquence de la complémentarité de l’expérience de la vie humaine.

Les laïcs dominicains enrichissent la manière dont l’Ordre doit, jour après jour, apprendre à « aimer le monde », pas seulement par des analyses fines et pertinentes, mais en se rendant vulnérable aux diverses expériences que font les membres de la famille dominicaine, la Bible dans une main, un journal dans l’autre, comme aimaient à dire nos anciens. Au sein de l’Ordre, la présence des laïcs rappelle aux autres membres que les laïcs dans l’Eglise ne sont pas d’abord destinataires de la prédication, de l’évangélisation et de la pastorale, mais appelés à en être les acteurs, déployant de manière créative une prédication qui tienne ensemble le témoignage lisible et la parole explicite. Ils rappellent à tous qu’une  intuition évangélique comme celle de Dominique ne peut être réduite à sa traduction dans la vie consacrée.

L’Ordre des prêcheurs a le devoir de promouvoir le charisme des laïcs pour l’évangélisation et de manifester qu’il en va de la constitution même de l’Eglise, par l’intégration des laïcs dans une seule communion dominicaine.

Les horizons de l’évangélisation ne peuvent plus être définis en l’absence d’une solide conversation entre tous, laïcs, ministres et personnes consacrées, portant une attention particulière à l’expérience et au désir missionnaire des laïcs. L‘Ordre des Prêcheurs me semble donc tout spécialement appelé à intégrer dans la dynamique de sa mission une attention prioritaire à la promotion de la vocation laïque à porter l‘Evangile dans le monde.

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