Le laïcat vu par un laïc

Pourquoi le laïcat à l'intérieur de la famille dominicaine peut-il être une chance pour l'Ordre.

Les laïcs peuvent aider les religieux et les religieuses mieux comprendre leur état de vie, et ceux-ci peuvent aider à leur tour les laïcs à comprendre le  leur.

Ce que les laïcs peuvent apporter à l’Ordre, c’est la place qu’y ont les femmes. Elles sont majoritaires chez les laïcs, tout comme dans l’Eglise où, malheureusement elles ne sont pas entendues. Les Fraternités sont un lieu de liberté de parole, où hommes et femmes peuvent dialoguer et faire avancer la réflexion et l’action de l’Eglise « sur ses deux pieds ».

Nous avons à vivre tous les jours une inculturation dans notre temps. Les laïcs sont immergés dans ce monde de mutation technique, juridique, sociale, culturelle, ce monde de peur, d’incroyance, d’indifférence. Nous sommes entourés d’incroyants ou des mal-croyants, jusque dans nos familles, avec l’expérience de l’incroyance d’un enfant, du rejet de l’Eglise. Nous n’avons pas besoin d’aller vers l’incroyance : nous y sommes d’emblée.

Nous sommes présents aux lieux de décisions, pas forcément grandioses, mais des décisions concrètes d’une famille, concernant la santé, la sexualité, le travail. Ces décisions que nous devons prendre mettent en jeu la vision du monde que nous avons. C’est de nous laïcs que peut venir la présence chrétienne aux lieux de décision.

Dieu se rencontre dans l’expérience et pas ailleurs, pas dans les discours, pas dans les théories, parce que la vérité ne se rencontre que dans l’expérience. Il est décevant que cette expérience soit peu prise en compte. Or il y a des théologiens, des historiens, des philosophes parmi les laïcs, et tout laïc a de la vie, du travail, de la maladie, de la souffrance, des choix cruciaux de l’existence, une expérience singulière que personne ne peut éprouver à sa place, que le religieux, la religieuse ne peuvent vivre comme lui, tout simplement parce qu’ils ne sont pas mariés, parce qu’ils ne sont pas au travail comme lui.

Comme laïcs, nous vivons une solidarité de fait avec ce monde, et il demeure une grande différence entre un prêtre-ouvrier ou un religieux qui choisissent le monde du travail, le monde de la pauvreté, et un laïc. Un laïc ne choisit pas : il est dans le bain, il ne peut pas en être autrement. En cas de problème de travail, le conjoint qui s’en va, l’argent qui manque pour manger, se chauffer, se loger, soigner ses enfants, il est le dos au mur. Le laïc sait ce que vivent les autres comme lui.

Ceux qui vivent la difficulté de la vie conjugale, les tentations, les séparations, la souffrance du divorce, ce sont des laïcs ! Là aussi il y a des choses à dire et à vivre qui ne pourront être dites et vécues que par des laïcs. Il en va de même pour la relation parents/enfants. L’Ordre réunit tous les états de vie : religieux, religieuses, laïcs, dans le respect mutuel de leur différence, sans confusion mais dans l’unité spirituelle. C’est une chance pour notre temps. La mission de prédication doit elle aussi être clairement confiée aux laïcs.

Paradoxalement, de tout cela il résulte que l’engagement d’un laïc est souvent ressenti comme plus interpellant que celui d’un religieux, parce que ce n’est pas son job.

Cette chance que représentent les laïcs pour l’Ordre, c’est aussi une chance pour l’Eglise entière. L’Ordre dominicain avec ses trois branches maîtresses religieux, religieuses, laïcs, peut illustrer ce qu’est le peuple de Dieu et donner corps à la théologie de Lumen Gentium.

D’après un article de Xavier Cuche

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