L’engagement : vivre selon la règle des laïcs dominicains

L’engagement

Le 14 avril 2018, au couvent de Lille, cinq personnes se sont engagées comme laïcs dominicains : trois pour un engagement temporaire et deux pour un engagement définitif.
Après avoir demandé « la miséricorde de Dieu et celle de nos frères », chaque futur engagé se présente devant le responsable de sa fraternité et son assistant religieux. Les mains posées sur celles du responsable de la fraternité, il s’engage à haute voix : « A la louange de Dieu tout puissant, Père, fils et Saint-Esprit, de la bienheureuse Vierge-Marie et de St Dominique, moi… devant toi… responsable de la fraternité et toi… assistant religieux, représentant le frère Bruno Cadoré, maître de l’Ordre des Prêcheurs, je promets de vivre selon la règle des laïcs de St Dominique pendant trois ans, ou pendant toute ma vie ». Comment est-on appelé à un tel engagement ?

Être appelé

« Cherchez, vous trouverez. Appelez, on vous répondra. Frappez, on vous ouvrira. »… La vie spirituelle se résumerait-elle en un jeu de questions-réponses issues de la tradition ? Ne sommes-nous pas des cherchants, des chercheurs ? Nous nous posons de plus en plus de questions, quittant nos carcans de certitudes et d’entraves affirmatives à l’emporte-pièce….
D’interrogeants, de cherchants, nous devenons interrogés.

Nous nous apercevons que quelque part, au fond du cœur, un appel se fait entendre. N’y aurait- il pas plusieurs formes d’appel ? C’est ce que nous allons essayer de définir en quelques phrases à partir des textes et de notre vécu.

« Que cherchez-vous ? » Dans Jean 1, 35-42 , Jésus, voyant que deux disciples de Jean-Baptiste le suivaient, leur
adresse cette question : « Que cherche-vous ? » Et eux de répondre : « Maître, où demeures-tu ? »… « Venez et vous verrez »…
Des questions–réponses, l’Ancien et le Nouveau Testament en sont remplis. Mais ici, à la question pressante « Que cherchez-vous? », la réponse est immédiate. Appelés, les deux disciples André et Simon se mettent en route :
« Ils virent où Jésus demeurait et ils le suivirent ».

Le Seigneur qui appelle

La lecture du premier livre de Samuel est magnifique et significative (1 S,3 10.19) : Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ». Samuel court vers le vieux prêtre Elie, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Le mot « Me voici » intervient 170 fois dans
l’Ancien Testament ! Elie lui dit directement : « Je ne t’ai pas appelé ; retourne te coucher ». Pour Samuel, la rencontre avec Dieu n’est pas immédiate : il faut du temps (4 appels), un intermédiaire, le vieux prêtre Elie, et être en situation d’écoute.

Plusieurs types d’appel

Il y a des appels que j’appellerai « illumination », comme celui de Paul Claudel. Ils nous tombent dessus sans qu’on s’y attende et nous bouleversent intérieurement comme un coup de foudre. C’est l’exemple du chemin de Damas où Paul nous parle de « foudroiement ».
Il y a aussi des appels qui passent par des intermédiaires et où il faut être en situation d’écoute, comme Samuel. Certains appels ne sont
pas par illumination mais sont des réponses à des exemples de vie, qui nous donnent « envie de leur ressembler ». Je pense aux soeurs dominicaines de la rue Ernest Deconynck à Lille, aux frères dominicains du couvent de Lille, à des prêtres qui sont devenus
des amis, des laïcs dominicains aussi qui, par leur exemple, m’ont donné l’envie d’être comme eux des témoins de Jésus. Et puis, bien sûr, saint Dominique, saint François d’Assise et saint Martin de Porrès, qui m’ont tant impressionné par le rayonnement de leur service et de leur foi en Jésus…
Une autre forme d’appel, enfin, et là je donnerai la parole à notre bien-aimée et regrettée soeur dominicaine Ancilla qui citait
Jean à propos du passage de la dernière porte : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton Coeur… Et la porte s’est ouverte sur la Lumière et sur l’Amour. »

Etre attendu quelque part

A la veille de notre engagement, nous pouvions dire que le fait de se savoir cherchés par le Christ, que le fait de savoir que Dieu nous appelle et nous attend, c’est rassurant : nous sommes attendus quelque part. Et puis le fait d’appartenir à une communauté
et une famille dominicaines, c’est tout simplement la Joie !

Philippe Descamps