La prière silencieuse

Le silence et l’intériorité ne sont pas l’apanage de l’Orient.

Il existe une manière chrétienne très simple de prier en silence. Cette pratique, qui remonte aux origines du christianisme, consiste à « s’asseoir et désirer Dieu » en tentant de se recentrer inlassablement sur sa présence par la répétition intérieure de son Nom, ou d’un nom de Dieu. A certaines époques (courant de la mystique rhénane ou au XVIIe siècle en France), la prière du silence intérieur, ou oraison de simple regard, a constitué une façon de prier très répandue. Aujourd’hui, une grande part de cette tradition chrétienne, est tout à fait ignorée.

« L’homme libre n’attend rien de Dieu et Dieu n’attend rien de lui, car l’union ne se situe pas dans la catégorie des choses que l’on donne et que l’on échange. L’union de l’homme détaché avec Dieu est une relation où l’homme se donne comme Dieu se donne. L’homme libre, le saint, n’attend rien de Dieu. Il vit en Dieu. » Cette communion ouvre un chemin de liberté, dans la confiance et la paix.

Comment aborder cette façon de se recentrer sur Dieu ? La présence de Dieu en nous est au-delà de toute sensation. La prière silencieuse est un acte de foi : choisir de désirer Dieu, nous donner entièrement, nous tenir présents. Cette pratique n’est ni un monologue, ni une méditation sur des valeurs, elle s’adresse à quelqu’un, à Dieu dont nous sommes le temple. Pour une fois, nous sommes attentifs à sa présence, nous le rejoignons en nous.

La relation à Dieu n’est-elle pas quelque chose de compliqué ? Les chrétiens ne sont pas spontanément réceptifs à un discours associant corps et prière, mais c’est parfois un problème de lombaires ! et quand ils acceptent de tenter l’expérience, ils sont stupéfaits de ce qu’ils sont capables de faire. Il suffit juste de trouver la position qui convient et vouloir se tourner vers Dieu de tout son être.

À quoi « sert » le support du nom de Dieu ? Dieu est au-delà de ce que je peux dire de Lui. La répétition du nom de Dieu aide à fixer l’atten­tion, mais il faut y mettre une inten­tion : celle de se tourner vers quelqu’un. Le nom nous permet un accès plus rapide à notre temple intérieur, lieu de silence où Dieu réside.

Cette prière silencieuse est-elle faite pour tout le monde ? Le silence, le dépouillement, le fait qu’il n’y ait pas besoin de se raconter rencontrent une demande. La simplicité de cette prière parle à de nombreux croyants. Elle n’est pas compliquée mais néanmoins exigeante.

Certains milieux chrétiens y sont-ils plus sensibles que d’autres ? Voici une expérience très forte vécue avec des acteurs de la pastorale de la santé : trois cent visiteurs d’hôpitaux ou de maisons de retraite ont accueilli cette forme de prière avec un naturel incroyable. Un silence est immédiatement descendu dans la salle et, en quelques minutes à peine, chacun avait trouvé sa posture. Ces bénévoles font chaque jour l’expé­rience de la gratuité et du calme donné. Être assis au chevet d’un malade et lui tenir la main : ça n’est en rien « efficace », mais c’est une présence essentielle. Ils ont compris spontanément cette façon de prier

Deux ouvrages de Jean-Marie Gueullette op sur ce sujet :

  • Petit traité de la prière silencieuse, 2011, Albin Michel
  • Laisse Dieu être Dieu en toi, Petit traité de la liberté intérieure, 2002, Cerf
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