Pour une Europe de la paix, de la confiance et de l’espérance

Saint Dominique avait déjà saisi l’importance de ce continent.

Il comparait l’Europe à un grand port dans lequel la France serait un navire, et il envoyait ses frères vers les dimensions stratégiques de l’époque pour y fonder des couvents. Aujourd’hui l’Europe pacifiée est là, organisée, politique, économique. Les frontières qui n’existaient pas à l’époque de Dominique ou d’Érasme, qui a œuvré pour transcender tous les clivages, ne sont plus. Notre UE (*), espace de libre circulation des citoyens est devenue un grand marché. Aujourd’hui il faut aller plus loin poser les bases d’une UE dotée d’une âme.

C’est porter une ambition, parce que l’Europe a été fondée sur cette exigence oubliée par beaucoup, le bien commun. La conscience européenne fait que, malgré les incertitudes, les crises successives ou les risques majeurs, les chances du présent et de l’avenir sont communes à tous nos territoires, régions, et l’UE elle-même. C’est le destin commun.  L’UE doit être un espace de paix, de confiance et d’espérance. Un territoire au sein duquel les valeurs de la personne humaine puissent être au cœur du projet commun.

La spiritualité de saint Dominique

Penser l’Europe à l’école dominicaine, incite à rechercher constamment la « vérité » (jamais définitive) comme l’indique la devise de l’ordre : VERITAS, et oblige à l’étude approfondie du sujet sous toutes ses dimensions, à la compréhension des complexités, à saisir le lien entre Évangile et vie sociale.

Je m’y inscris depuis une vingtaine d’années dans cette spiritualité qui affûte mon regard sur le processus de construction européenne. Sociologue, je connais bien ce projet unique, singulier dans l’histoire du monde. Inspiré par un Robert Schuman affirmant qu’il était de notre responsabilité de citoyen et de chrétien de construire l’Europe, une assertion qui m’amènera à soutenir une thèse sur l’Église et l’Europe. Les propos du père fondateur seront mon fil d’Ariane.

Mes inspirateurs sont très nombreux. Parmi eux, la liste n’est pas exhaustive, je veux citer  saint Thomas d’Aquin pour qui « chaque homme, par sa nature même, possède innée en lui la lumière de la raison qui dirige ses actes vers sa fin », Jacques Maritain pour qui « l’action en chrétien » consiste en la mise en œuvre, individuellement, des idées chrétiennes dans des domaines temporels, Emmanuel Mounier pour qui « la société est dans l’homme, autant que l’homme est dans la société » ou encore Giorgio La Pira pour qui l’Europe devait « élever le monde entier vers l’unité et  justice ».

Militer en faveur du projet européen.

C’est, pour moi, une part de la prédication de la vie quotidienne. Ma conviction est simple et s’éclaire dans l’enseignement social de l’Église : participer modestement à construire une UE, espace de paix, de liberté, de solidarités en plaçant l’homme au cœur du projet, attaché à sauvegarder les grands intérêts de la personne humaine, sa liberté, sa dignité et son épanouissement. Bref, une vision anthropologique et personnaliste de la construction européenne. Une Europe qui protège doit être aussi bienveillante pour ses citoyens.

Cette conviction doit se nourrir. Nos échanges en fraternité, études, débats, prières, dans un esprit de convivialité, participent de ce renouvellement permanent. Les discussions avec les frères, les homélies du dimanche sont très riches pour l’approfondissement de la vie spirituelle et intellectuelle.

En 1217, alors que les Frères ne sont qu’une poignée, Dominique les disperse car « le bon grain porte fruit quand on le dissémine, mais pourrit s’il demeure en tas ». Une belle métaphore pour expliquer le projet européen, son ouverture, sa dimension interculturelle et éviter le repli sur soi.

 

Emmanuel Morucci

Laïc dominicain, sociologue, enseignant, conférencier, fondateur en 1989 et président de la Maison de l’Europe de Brest et Bretagne ouest, entièrement dévoué à la cause européenne.

(*) : UE = Union Européenne