Le cri de Montesinos

« Ne sont-ils pas des hommes ? »

D’Antonio de Montesinos à Francisco de Vitoria

C’est à Salamanque que parvint aux oreilles de Francisco de Vitoria le cri que son frère Antonio Montesinos en mission à Hispaniola avait lancé au sujet des Indiens, réduits en esclavage après avoir été dépouillés de leurs terres : « Ne sont-ils pas des hommes ? ». En réponse à ce cri, Vitoria, se réclamant du droit naturel, de sources bibliques et de la meilleure tradition thomiste, mit en cause le principe de la colonisation, affirma le droit des peuples à disposer de leurs terres ancestrales, et contesta les prétentions papales et impériales de se les approprier et de les distribuer selon leur gré.

Par la suite, il plaida pour la concertation pour réglementer la liberté de commerce entre les Etats, la circulation des personnes et les limites à apporter au droit de la guerre. Des avancées audacieuses et étonnamment modernes, dont les conclusions sont parvenues jusqu’à nous.

En août 2016, un colloque réunissait à Salamanque 200 membres de la Famille dominicaine venus raviver l’engagement de l’Ordre au service de la Justice et de la Paix. C’est à l’Ecole de Salamanque que le théologien dominicain Francisco de Vitoria (1483-1546) inspira et élabora les prémisses du droit international qui régit encore aujourd’hui les relations entre les peuples et les Etats.

Les Dominicains à l’ONU

En janvier 2017, une rencontre organisée par le frère Mike Deeb, promoteur op de Justice et Paix et délégué permanent de l’Ordre auprès des Nations Unies, réunissait à Genève 150 personnes dans la plus belle salle du Palais des Nations de Genève, dédiée à Francisco de Vitoria en reconnaissance de ses travaux (l’inauguration de cette salle en 1936 remonte à l’époque de la SDN, Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU).

La présence dominicaine à la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU remonte à la fin des années 80, sous l’impulsion du dominicain Jean-Jacques Pérennès et du franciscain canadien John Quigley, avec la création en 1998 de l’ONG Dominicains pour Justice et Paix et l’accès en 2002 au statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies.

Ce délégué permanent auprès de l’ONU a pour mission de répercuter auprès de l’Ordre les débats de cette assemblée et de s’y faire le porte-parole des victimes lésées dans leurs droits humains, selon les informations provenant des membres de la famille dominicaine sur les cinq continents.

Ce rôle fut successivement rempli par le frère canadien Philippe Le Blanc, le frère Olivier Poquillon, et aujourd’hui le frère Mike Deeb.

 

Le Maître de l’Ordre, frère Bruno Cadoré, a suggéré à cette occasion de reprendre à notre compte le cri de Montesinos, en le formulant ainsi : « Ne sommes-nous pas tous des humains ? ».

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