La miséricorde faisait pleurer Dominique

Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ?

Comme nous le rapporte le bienheureux Jourdain de Saxe, son compagnon « Les entrailles de Dominique ont toujours vibré pour les pécheurs, les pauvres, les affligés et il en portait les malheurs dans le sanctuaire intime de sa compassion ». (Libellus 12). « Il y avait en lui une très ferme égalité d’âme, sauf quand quelque misère en le troublant l’excitait à la compassion et à la miséricorde » (Libellus 103).

Un jour, jeune étudiant, il vend ce qu’il a de plus précieux, ses livres, pour soulager les pauvres de la famine. Une autre fois, il propose l’échange de sa liberté pour racheter un prisonnier des Sarrasins. C’est aussi ce qui motive son désir d’aller convertir les Cumans et qui le conduit à rencontrer les Cathares.

Les démunis, les sans voix, les incroyants ont été l’objet de la compassion de Dominique et de son action. L’histoire de l’Ordre est parsemée de frères, de sœurs et de laïcs qui ont eu le souci des petits et des oubliés : Martin de Porrès, Joseph Lataste, Serge de Beaurecueil, Henri Burin des Roziers, Pedro Meca, et de nombreux anonymes qui visitent les prisons, qui secourent les malades et les sans-abris, qui prennent en charge des immigrés en difficulté, etc.

Au moment de prononcer notre engagement de laïcs, nous demandons d’abord « la miséricorde de Dieu et de l’Ordre ». De plus, nous sommes invités à être « spécialement préoccupés de l’authentique miséricorde envers toutes les formes de souffrance, dans la défense de la liberté, de la justice et de la paix » (règle 6) et à « vivre dans une vraie communion fraternelle, manifestée par des gestes de miséricorde et de partage entre membres » (règle 8).

A la rencontre de la misère des hommes et du cœur de Dieu, la miséricorde est l’attribut divin qui occupe la première place. En hébreux, le mot signifie le cœur profond, comme les entrailles qui s’émeuvent de la douleur et de la peine de l’autre, de l’ordre de ce qu’une mère peut éprouver pour son enfant. A la compassion, qui consiste à souffrir avec l’autre et prendre pour sienne sa misère, la miséricorde ajoute le fait de passer à l’acte dans un élan d’amour inconditionnel.

Dieu ouvre son cœur aux hommes et au monde avec amour et tendresse. Pratiquer la miséricorde, c’est imiter ce que Dieu fait lui-même. Saint Augustin définissait la miséricorde comme « le cœur compatissant pour la misère d’autrui et les moyens pour essayer d’y subvenir ».  Le Samaritain à l’œuvre est une image de la miséricorde.

Toute personne qui expérimente la miséricorde est appelée à la dispenser à son tour, une sorte de réciprocité que le Christ a souvent exprimé : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13. 34). « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6. 38). « Heureux les Miséricordieux, il leur sera fait miséricorde » (Mt. 5. 7). « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (Mt. 6. 12).

La miséricorde est cette mission que Vatican II assigne à l’Eglise de rendre le monde plus humain en mettant en œuvre  l’Evangile : nourrir les affamés, abreuver les assoiffés, vêtir les personnes nues, accueillir les étrangers, les pèlerins et les gens dans le besoin, visiter les malades, annoncer la Bonne Nouvelle aux prisonniers et aux captifs, enterrer les morts, etc. … Pour les 50 ans de la fin de ce Concile, le pape a fait de 2016 une année de la miséricorde, lui qui ne cesse d’appeler l’Église à être un « hôpital de campagne après la bataille.

Enfin, la miséricorde a un parfum de scandale : « Nous ne pouvons pas oublier que Jésus n’a pas été condamné et mis à mort parce qu’il se serait taché de quelque crime selon le droit romain, ni parce qu’il avait démenti la parole de Dieu contenue dans la loi et les prophètes, mais bien en raison de son comportement trop miséricordieux qui brisait les barrières érigées par les justes endurcis contre les pécheurs publics : il annonçait en effet le pardon, sans recourir à une justice rétributive et punitive, il aimait fréquenter les prostituées et les pécheurs connus comme tels, et se tenir à table avec eux » (Enzo Bianchi).

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